Vivre simplement, c’est compliqué…


 

Nous aspirons tous à la simplicité. Pourtant, nos désirs sont insatiables, nos plaisirs contradictoires, nous sommes en permanence tiraillés entre l’être et l’avoir. Simplifier sa vie est donc un art délicat.

 

   C’est le nouvel eldorado : davantage de simplicité et notre vie deviendrait heureuse, nous nous sentirions plus proches de la nature ou, en tout cas, de rythmes nous évitant le stress, l’urgence et leurs inconvénients. Adieu pression, dispersion, dépense d’énergie folle… Adieu complications. À nous les jours tranquilles, la ligne droite, l’efficacité maximale avec le minimum d’efforts, la voie médiane, aussi loin des tourments de la précarité que de la course aux performances.

    N’est-ce pas ainsi que se définit la vie simple ? Et dire que ce serait tellement évident ! Nous avons le modèle, ce principe de moindre action qui prévaut en mathématiques, physique ou biologie, statuant que la nature est économe dans toutes ses actions, comme l’écrivait Maupertuis au XVIIIe siècle (Un Principe de la moindre quantité d’action pour la mécanique, de Pierre Louis Moreau de Maupertuis — 1744). De la ronde des étoiles à la pousse des plantes ou aux circonvolutions d’une coquille d’escargot, le mot d’ordre est d’obtenir le meilleur en dépensant le moins d’énergie possible. Nous disposons des outils nécessaires : les conseils des philosophes pour simplifier nos vies personnelles, et des « recettes » pour le réaliser concrètement. Pourquoi, dès lors, y parvenons-nous si peu, ou si mal ?
 



Nous sommes complexes par nature


   La première réponse tient de l’évidence : être un humain n’est pas simple, c’est même d’un imbroglio infini. Pour des raisons psychologiques profondes, qu’explique la psychanalyse (« Pourquoi nous en voulons toujours plus »), nos désirs sont insatiables, nos plaisirs sophistiqués. Résultat : nous aimons accumuler. De plus, comme l’a montré le psychologue américain Paul Watzlawick, nous cherchons souvent des solutions aux problèmes en les embrouillant encore davantage. Parfois pour de bonnes causes — épargner nos proches —, parfois pour de moins bonnes — cela sert nos intérêts. Enfin, il y a tous ces freins qui nous empêchent de changer.

   Pour Dominique Loreau, auteure d’ouvrages proposant un art de vivre minimaliste, le frein principal est la peur de jeter. « Pour simplifier sa vie, estime-t-elle, il faut réfléchir à ses besoins et rejeter le superflu. Cela signifie abandonner une part de soi — possessions matérielles, opinions ou idées — et ne pas craindre l’inconnu, l’avenir, l’ennui, les retrouvailles avec soi-même. Il n’y a rien de plus compliqué que la simplicité, car elle conduit à repenser sa vie en termes philosophiques, voire spirituels. Il faut réaliser que l’on n’est rien, que l’on peut mourir à tout instant, et appliquer cette connaissance à son quotidien. »
 

 

Nous nous encombrons de gadgets inutiles
 

   La tâche est d’autant plus difficile que notre société ne nous aide guère. Rimant avec frugalité, la simplicité a un petit côté pauvre et fade qui suscite peu l’enthousiasme, encore moins l’estime. Elle va même à l’encontre des ambitions modernes, qui visent à augmenter le confort par l’expansion et le progrès technique. Or, si ce dernier a longtemps facilité nos vies, la tendance semble s’inverser aujourd’hui. « La technologie a rendu notre vie plus riche… et moins confortable ! » proclame ainsi John Maeda, professeur de sciences numériques au Media Lab du Massachusetts Institute of Technology (MIT, États-Unis). En cause : des appareils trop alambiqués, des procédures trop difficiles, des sollicitations trop nombreuses, qui nous conduisent à perdre le contact avec le présent et nous enferment dans un sentiment d’incompétence. Qui peut encore réparer les objets usuels ? « La technologie est un superbe facilitateur, mais aussi un exaspérant handicapeur », rappelle John Maeda, faisant écho au philosophe Ivan Illich.

   Néanmoins, ce n’est pas pour rien que nous succombons à ces sirènes, nous encombrant de gadgets inutiles aux fonctions compliquées, cédant aux injonctions de jouissance, de performance et de « toujours plus » sur lesquelles repose notre société de consommation. C’est que nous sommes mus par le regard des autres et fondons notre bonheur sur la comparaison avec les personnes situées socialement juste au-dessus de nous. Résultat : la course au statut n’a pas de fin, la voiture ne sera jamais assez puissante, la maison assez équipée…

 


Nous pouvons trouver l’équilibre


   Pire encore : à cette course s’ajoute l’irrationalité de nos décisions. Dan Ariely, professeur d’économie comportementale au même MIT, auteur de C’est (vraiment ?) moi qui décide (Flammarion) montre ainsi comment les soldes nous poussent à acheter sans besoin, combien nous sommes influençables, au point d’agir souvent contre nos intérêts, par réflexe, croyance, soumission aux normes, voire mauvais calcul, faussé par notre peur de perdre.

   Et revoilà la peur dont parlait Dominique Loreau. Elle propose, pour en guérir, de « ne pas chercher à tout jeter » — son minimalisme n’est pas un ascétisme. « On a besoin d’une certaine chaleur, concède-t-elle, de conserver des désirs, des objets auxquels on est affectivement lié. » John Maeda ne manque pas d’ajouter que « dire d’une chose qu’elle est complexe ou simple exige un cadre de référence ». Tout est donc affaire de point de vue. Ce qui paraît limpide à l’un paraîtra obscur à un autre. La difficulté à simplifier sa vie n’est pas à imputer aux autres ni à la société, même s’ils y contribuent. Comme le défendent ces auteurs, et avant eux nombre de sages, les solutions résident en nous ; dans l’accord que chacun doit trouver entre ses vrais désirs, ses valeurs profondes et la vie plus ou moins folle qu’il accepte de mener.
 

 

La simplicité volontaire, un mouvement pionnier
 

   Refusant la suprématie de l’argent, la quête sans fin de satisfactions matérielles, la compétition et la consommation à outrance, le mouvement des « simplistes volontaires » est né au Canada en 2 000. L’idée est aussi ancienne que la sagesse, mais les disparités économiques, la crise écologique et la raréfaction des ressources lui confèrent une nouvelle valeur. S’inspirant de précurseurs tels que Henry David Thoreau ou Gandhi, ou de penseurs comme Ivan Illich ou Jacques Ellul, historien et théologien, auteur notamment du Système technicien (Le Cherche Midi, 2004), ce mouvement accorde la priorité au changement concret du mode de vie et aux réseaux d'entraide directe.
 

Sylvain Michelet


 
Page 1     Le chemin de la vie #1   André A. Bernier

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Le chemin de la vie #2   André A. Bernier

Page 3     
Le chemin de la vie #3   André A. Bernier

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Le chemin de la vie #4   André A. Bernier

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Le chemin de la vie #5   André A. Bernier

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Le chemin de la vie #6   André A. Bernier

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Le Tricot - Leçon de vie   Doris Lussier

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Quelques textes de Joseph Murphy   Joseph Murphy

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Est-ce que l'amour existe ?   Jaqueline Aubry

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Quelques textes d'O. M. A.   Omraam Mikhaël Aïvanhov  

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Comment va la vie ?   OCDE

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J'ai besoin...   Anonyme
 
 

 


 

 
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